ELMS/Norman Nato: « L’Endurance fait grandir les pilotes »

Norman Nato © DR

Norman Nato revient sur sa première saison en Endurance, riche d’enseignements, au-delà de ce qu’il en attendait. Et travaille déjà pour 2019, une saison qui pourrait le voir faire de nouvelles expériences au volant…

 

– Norman, vous venez d’achever votre première saison en Endurance. Êtes-vous satisfait de vos résultats ?
Norman Nato : « Vous allez dire qu’il ne faut pas commencer à répondre par « non » à une interview, c’est pourtant ce que je vais faire ! Satisfait de ma saison 2018 ? Non et oui ! Non, parce que je n’ai pas décroché de titre. Oui – et ça l’emporte sur le non – pour deux raisons. D’abord parce que j’ai disputé trois compétitions majeures : le championnat ELMS, les 24 Heures du Mans et Petit Le Mans en IMSA. Ensuite parce que j’ai remporté des victoires et que je termine vice-champion ELMS 2018. C’est une belle récompense pour l’équipe Racing Engineering comme pour moi. Je serais incomplet si je ne disais pas que je suis également très satisfait de n’avoir eu aucun accrochage pour ma première saison en Endurance. Si j’ai bien compris, il est assez rare qu’un débutant passe à travers les gouttes… »

– Objectifs personnels atteints ?
Norman Nato : « Que veut un pilote ? Une voiture rapide et de l’adversité. Pour ça, j’ai été servi, en ELMS, au Mans, comme à Petit le Mans ! J’ai passé ma saison dans des voitures de pointe, avec des équipiers rapides, à me battre en tête. Je n’ai que des motifs de satisfactions. »

– Les pilotes de F1 qui ont connu le GP2 et la F2 ces dernières saisons disent que ces monoplaces sont des voitures plus exigeantes, plus délicates, à piloter que les F1. Où situeriez-vous le niveau de pilotage imposé par les prototypes d’Endurance ?
Norman Nato : « Plus que les prototypes d’ELMS ou d’IMSA, c’est l’Endurance est tant que discipline qui est vraiment une autre dimension, avec des exigences différentes. C’est une discipline à haut niveau de compétitivité. Le plateau est constitué d’écuries très professionnelles, souvent très expérimentées, les pilotes sont très rapides, les grilles de départ sont très fournies, la catégorie n’a rien a envier à la monoplace. En ELMS, en WEC, en IMSA, les meilleurs pilotes du monde, y compris les pilotes de F1, viennent chercher des volants et leur place n’est pas gagnée d’avance ! Les voitures sont technologiquement très évoluées, très performantes et, pour être rapide à leur volant, il faut faire preuve de toutes les qualités exigées chez un pilote de monoplace… plus quelques autres ! »

– Les Prototypes sont plus exigeants à piloter ?
Norman Nato : « Les Prototypes exigent plus du pilote pour être pilotés vite et longtemps. Un baquet en Endurance dans une écurie de pointe oblige le pilote à se surpasser pour atteindre le niveau que l’on attend de lui. L’exigence s’exprime dans trois domaines. D’abord physiquement : l’effort est plus long, sollicite d’autres muscles que le pilotage d’une F2. Ensuite techniquement : les protos demandent à être non seulement pilotés, mais aussi gérés. En raison de la durée des courses -1000 km, 4 heures et parfois plus- il faut intervenir sur les réglages de la voiture, ce que l’on ne fait quasiment pas lorsque l’on pilote une monoplace en F2 pour des courses dont la durée n’excède pas 180 km. Sportivement enfin, les épreuves d’Endurance confrontent à une plus grande variété de situations : départs lancés, interruptions et relances de la course par les voitures de sécurité en raison des incidents qui émaillent souvent les épreuves, très nombreux dépassements de voitures plus lentes, elles-mêmes en lutte avec des adversaires dans leur catégorie,… Ajoutez à cela de nombreux changements de conditions de piste, la dégradation de la voiture par l’usure ou les éventuels soucis mécaniques, la nécessaire gestion de la consommation pour limiter les arrêts-ravitaillement, et la contrainte pour chaque pilote d’accepter de conduire une voiture non pas parfaitement réglée pour lui, mais dont le réglage est un compromis permettant aux trois équipiers de la piloter, et vous comprendrez à quel point l’exercice est vraiment plus compliqué qu’un Grand Prix de F2 ! »

– Stressant ? Enrichissant ?
Norman Nato : « Prenant, très exigeant… j’adore ! Il faut en permanence surveiller sa consommation, ménager les pièces d’usure de la voiture –freins, pneumatiques- tout en étant au plus haut de la performance possible. Attention : quand je dis ‘être au plus haut de la performance possible’, je ne veux pas dire ‘dégrader le moins possible la performance’, mais bien être au plus haut de la performance dont est capable la voiture en ménageant la consommation et l’usure de ses composants. C’est très différent ! On pourrait penser qu’en Endurance il faut gérer, assurer une bonne cadence de course, mais qu’il faut avant tout ménager la monture. Pas du tout ! Il faut tirer le maximum de ce que peut donner la voiture en performance pure, mais y parvenir en consommant moins que les autres et en usant moins les pneus ou les freins. Pas question de rouler à fond, de ‘taper dans la voiture’, en se disant que, de toutes façons, il y aura un ‘safety car’ qui permettra de repasser par les stands pour régler tout ça. Ce moment n’arrive pas forcément et s’il arrive, il peut vous être très défavorable. Au volant, on s’oblige aussi à utiliser une techniques que l’on s’interdit dans toutes les autres disciplines : la roue libre. Dès vos premiers tours en école de pilotage, au karting ou en monoplace, on vous enseigne que, pour être efficace et ne jamais perdre de vitesse inutilement, vous devez être toujours soit en accélération –c’est à dire pied sur l’accélérateur, soit en décélération – c’est à dire pied sur le frein. Or, en Endurance, on apprend à transformer ce défaut en qualité et à se servir de la roue libre pour économiser le carburant lors de la phase de freinage. Ce qui, au fil des tours, de l’usure des pneus, de l’allègement de la voiture, oblige à modifier en permanence le point de lever de pied et le point de freinage. Equation que l’on complique puisque c’est avant un virage qu’il est le plus facile de doubler un attardé ou une voiture d’une catégorie plus lente… »

– Conseilleriez-vous à tout pilote d’aller ‘goûter’ à l’Endurance pour développer ses qualités ?
Norman Nato : « Je savais que j’allais être confronté à de nouvelles exigences de pilotage, mais pas dans de telles proportions. Je pense en effet que l’Endurance est une source très enrichissante pour développer les qualités d’un pilote. »

– A l’intersaison 2017-2018, vous aviez plusieurs propositions. Vous êtes revenu chez Racing Engineering pour qui vous pilotiez en GP2 en 2016. Une situation de confort ?
Norman Nato : « Rechercher le confort m’aurait poussé à faire peut-être le choix d’autres disciplines ou d’autres écuries qui avaient déployé des arguments parfois très ‘attractifs’. Je suis un sportif, je construis pour tracer un chemin de performance et relever des challenges. La fidélité, c’est un capital qui permet de construire plus vite. Plus on se connaît, mieux on se connaît ; plus on capitalise sur de l’expérience, plus il est facile de construire. Cette année, je découvrais l’Endurance. Le faire avec Racing Engineering qui la découvrait également constituait certainement une difficulté supplémentaire. De toutes les possibilités qui m’étaient offertes, c’était le défi le plus raisonnablement osé. Donc le plus attractif. Je l’ai relevé. Je suis un sportif, j’aime le combat. Ce qui est facile n’a pas d’intérêt. Le fait de nous connaître a permis de réaliser ensemble une très belle saison. J’ai aussi deux belles rencontres, celles de mes coéquipiers, Paul Petit et Olivier Pla. Travailler aux côtés d’Olivier, qui est une référence en Endurance, a été d’une très grande richesse. »

– Quels sont aujourd’hui vos atouts ?
Norman Nato : « Vous voulez que je fasse mon éloge (rire) ? Je suis capable d’être immédiatement rapide avec une voiture que je découvre, et sans doute de tirer pas loin du maximum de ce qu’elle peut offrir à ce moment-là. Ce n’est pas un exploit que je recherche, c’est un atout que je possède. Je ne peux pas mettre cette capacité en équation. Si je veux trouver un début d’explication, je dirais que je sens très vite comment réagit une voiture, quel est son équilibre, quelles en sont les limites, que je parviens à m’accommoder de ses défauts et à tirer le meilleur parti de ses qualités. »

– C’est pour cela que vous aimez toucher un peu à toutes les disciplines ? On vous a même vu vous essayer – avec succès- au ‘rallycircuit’ au Paul Ricard !
Norman Nato : « L’un de mes plus grands plaisirs est de découvrir des voitures très différentes les unes des autres, de multiplier les expériences, donc de toucher à plusieurs disciplines – pourvu qu’elles soient à  »haut niveau de performances’. Je m’amuse et j’enrichis mon expérience. Comme tous les sports d’interface, le sport automobile oblige, non pas à contraindre la machine, mais à apprendre d’elle. Comme un cavalier qui doit comprendre et devenir complice avec le cheval avant de pouvoir le faire travailler. Les premiers kilomètres au volant d’une nouvelle voiture ont toujours quelque chose d’excitant ! Il faut être au maximum de sa concentration pour tout percevoir, tout décoder, commencer très vite à accrocher de la performance pour, de retour aux stands, être à 100% utile à l’équipe technique. Piloter, c’est à la fois chasser de la performance et emmagasiner de l’information pour régler la voiture. »

– Vous vous sentez pilote et ingénieur à la fois ?
Norman Nato : « Non ! Pas du tout ! Je peux décrire avec beaucoup de précisions ce que je vis dans la voiture, comment elle réagit mètre par mètre sur la piste, dans chaque configuration de réglage, à chaque point du circuit. Mais expliquer pourquoi elle le fait et comment faire pour qu’elle le fasse plus ou moins, c’est le travail de l’ingénieur. Un comportement peut avoir plusieurs causes et il peut y avoir plusieurs moyens de l’atténuer ou de l’accentuer. Le pilote ressent, l’ingénieur décode et fournit les solutions que le pilote remet à l’épreuve pour trouver d’autres limites, et ainsi de suite. J’adore ce travail de développement de performance. Sa variété, sa complexité et, au final, le fait de repousser en permanence les limites de la voiture. Et le summum, c’est évidemment d’aller chercher ces limites en course, dans la bagarre. »

– Vos envies pour la saison prochaine ?
Norman Nato : « J’aimerais continuer en Endurance, mais pas seulement. J’ai quelques bonnes pistes. J’aimerais disputer également au moins une grande course de 24 heures, si possible Le Mans. Bref, j’ai quelques semaines pour approfondir les contacts pris et prendre mes décisions. Et en attendant, ce sera préparation physique et roulage en karting ! »

Mapidu – Marie-Pierre Dupasquier-Damagnez,

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