Dakar Cyril Despres: Une adaptation ‘éclair !’

Cyril Despres © Red Bull

Cyril Despres a remporté 5 rallyes Dakar sur deux roues. À présent, il vise un titre sur quatre roues. Les motards sont-ils les meilleurs pilotes auto ? Seules trois personnes ont réussi à remporter le légendaire Dakar en catégorie moto et auto : Stéphane Peterhansel, Nani Roma et Hubert Auriol. Leur performance peut se comparer à un artiste remportant un Oscar, un prix Nobel de physique signant un best-seller ou encore à un entrepreneur qui a fait de son entreprise un leader mondial.

Cyril Despres est en passe de faire partie de ce cercle très fermé. Dix ans après sa première victoire au Dakar à moto, le Français intègre l’écurie Peugeot Sport, avec un podium au Dakar 2017 et une première victoire sur auto au rallye de la route de la soie (Silk Way Rally). Son adaptation éclair impressionne au point de se demander si chacun ne devrait pas se mettre à la moto pour devenir un as du volant.

– Contrairement à la voiture, piloter, naviguer et réparer une moto est un combat solitaire. Est-ce plus facile de piloter une auto ?
Cyril Despres : « Au contraire. J’ai dû me déshabituer à tout faire moi-même. Par chance, mon équipier chez Peugeot, Stéphane Peterhansel a effectué sa reconversion bien des années avant moi. Ses conseils m’ont permis de corriger mes défauts. »

– À savoir ?
Cyril Despres : « Faire confiance à son navigateur et suivre ses consignes sans lorgner en permanence sur le GPS. »

– Effectivement. Surtout quand on roule à 150 km/h…
Cyril Despres : « Là n’est pas le problème ! Depuis des décennies, sur une moto l’info arrive au cerveau à travers la vue. En voiture, elle passe par l’ouïe. Il m’a fallu apprendre à compter plus sur mon ouïe que sur ma vue même dans les moments extrêmes. »

– Comment y parvient-on ?
Cyril Despres : « Mon copilote David (Castera) et moi, nous nous sommes constitués un langage qui est devenu notre unique moyen de communication. »

– Vous avez un exemple ?
Cyril Despres : « En temps normal un navigateur dirait : rocher à 300 mètres, attention ! Dans notre cas, il annonce d’abord l’info la plus importante : attention ! Cela me met en état d’alerte. Puis suit l’objet de l’alerte : rocher. La description de l’objet est aussi précise que possible. Et pour finir la distance. Ce qui donne : attention, rocher, 300. »

– La complexité technique ne vous perturbe pas ? En comparant à la voiture, une moto est bien plus simple ?
Cyril Despres : « La technique ne m’a jamais posé problème. Bien sûr, une voiture est plus complexe, mais en cas de panne vous êtes à deux pour réparer. La moto a tellement aiguisé mes sens que je suis capable de déceler le moindre pépin, même quand les capteurs ne le détectent pas. Lors des essais au Maroc, j’ai ressenti un problème aux amortisseurs, j’ai rebroussé chemin après deux kilomètres parcourus. »

– Était-ce le cas ?
Cyril Despres : « Selon les capteurs, il n’y avait rien d’anormal. J’ai insisté cependant pour que les deux amortisseurs avant-droits soient démontés. Résultat : une poche d’air s’était formée dans l’un d’eux. La pratique intensive de la moto développe une sensibilité extrême dont les pilotes de voiture peuvent se passer.
« Pour me rendre à notre entretien, j’ai pris un taxi moto, plus fiable pour être à l’heure dans une ville comme Paris. Le conducteur affirmait n’avoir eu aucun accident en 14 ans de métier. Il roulait vite mais avait du nez, il savait toujours quand la circulation se fluidifiait ou ralentissait. Le trajet a duré 45 minutes durant lesquelles il n’a mis pied à terre que cinq fois, c’était aux feux rouges…
« A moto, vous développez une intuition capable d’anticiper la fluidité ou la densification du trafic. C’est d’ailleurs moins une intuition qu’un instinct qui vous dit : « Attention chaud devant ». Votre attention monte alors d’un cran, tout en maintenant la même vitesse. Chez moi, cet instinct est bien sûr très fort. Sur les 105 rallyes auxquels j’ai participé, j’en ai fini 98. »

– À moto, n’êtes-vous jamais allé au bout de vos limites ?
Cyril Despres : « Personne ne flirte avec les limites à moto. Certainement pas sur le Dakar ou les autres rallyes-raids, ni heureusement, sur la voie publique. Stéphane (Peterhansel) reconnaît n’avoir jamais dépassé les 97% pour aboutir à ses victoires. Encore moins dans mon cas. C’est la différence avec les pilotes de formation comme mes équipiers Sébastien Loeb ou Carlos Sainz. Ils peuvent pousser à 110% parce qu’ils se savent capables de gérer. »

– Pourquoi encore moins dans votre cas ?
Cyril Despres : « Je n’ai jamais été le plus rapide des pilotes. Mon vieil ami et adversaire Marc Coma était plus rapide que moi. »

– Pourtant, vous avez chacun remporté cinq Dakar.
Cyril Despres : « Je dois mon job chez Peugeot aussi à ma fiabilité. Ils savent qu’un pilote endurant a plus de chance d’emmener la voiture à bon port. »

– Devons-nous ouvrir la pratique de la moto aux enfants ?
Cyril Despres : « Autoriser la moto aux enfants ? Absolument ! Rien de mieux pour leur inculquer les limites.

– Question hypothétique : si vous remontiez sur une moto au Dakar, quelle serait votre vitesse ?
Cyril Despres : « La jeune garde au pouvoir va vite, mais prend aussi beaucoup de risques. En vitesse pure, j’ai peu de chance de rivaliser avec l’Australien Toby Price, l’Anglais Sam Sunderland, l’Autrichien Matthias Walkner ou mon compatriote Adrien Van Beveren, pour lequel j’ai beaucoup d’estime. Mais sur une étape longue, ardue avec un terrain humide et une navigation difficile, je pense être encore capable de finir dans le top 5. »

– Ce qui vous manque dans la moto ?
Cyril Despres : « La proximité. Cette capacité de réagir rapidement. Une moto pèse 150kg, la Peugeot 3008 DKR Maxi dix fois plus. A moto, un simple coup d’accélérateur peut vous éviter un embarras. Une voiture réagit moins vite tout en exigeant un pilotage millimétré, un aspect que j’ai mis beaucoup de temps à maîtriser. »
 
– Une journée de voiture est-elle moins fatigante qu’une journée à moto ?
Cyril Despres : « Au contraire. Aller vite en voiture est plus contraignant que sur une moto. En voiture tout passe par un filtre. »

– C’est-à-dire ?
Cyril Despres : « Les sens sont intensément sollicités à moto. L’ouïe, la vue, le toucher et l’odorat sont en contact direct avec l’environnement. Vous ressentez la température, l’humidité, les odeurs. Ces sens en éveil maintiennent votre instinct en alerte et vous permettent d’anticiper les dangers potentiels. Dans une voiture,
vous êtes plus isolé. »

– Que faire dans ce cas ?
Cyril Despres : « Malgré la climatisation, j’ouvre toujours un peu la vitre pour bénéficier du meilleur des deux mondes. »

 

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