A 47 ans, le Sarthois aborde sa dix-neuvième participation à sa course de cœur avec un unique rêve : enfin remporter les 24 Heures du Mans.
« On ne va pas se cacher, on est là pour gagner » : Sébastien Bourdais l’a joué franc jeu, samedi 6 juin, en marge du pesage de la 94e édition des 24 Heures du Mans. Il est l’un des visages les plus connus du public sarthois sur la place de la République, où défilent les voitures et les équipages pour les vérifications administratives et techniques préalables aux premiers roulages. Cette année, pour sa 19è participation, il pilotera l’Hypercar #38 de Cadillac Hertz Team Jota, avec Jack Aitken et Earl Bamber, et beaucoup rêvent d’un sacre pour le local de l’étape.
Né à la clinique du Tertre Rouge, au bord du circuit de la Sarthe, Sébastien Bourdais a été bercé par les premières monocoques de Porsche, victorieuses de 1981 à 1987 sans discontinuer, au moment où il observait pour la première fois le ballet coloré avec ses yeux d’enfant. « La première fois, j’avais peut-être cinq ans, quelque chose comme ça, se remémore le pilote dans un entretien accordé à AutoHebdo(Nouvelle fenêtre). On allait toujours au moins aux essais nocturnes pour regarder les voitures. On habitait très près du virage de Mulsanne et d’Indianapolis, et c’était toujours très intéressant de regarder depuis l’extérieur de la piste. Il y avait les grandes zones de freinage, les disques de frein qui rougeoyaient, et ça, je m’en souviens bien. »
C’était bien avant que son père, Patrick, ne participe à neuf reprises aux 24 Heures, de 1993 à 2006. Avec sept abandons à la clé, mais pas de quoi dégoûter le fiston. « Avant que mon père ne coure les 24 Heures, je ne pensais pas trop à cette épreuve, admettait-il en 2016 dans L’Equipe [article payant](Nouvelle fenêtre). Je voyais ça d’un peu loin. Et puis, quand je l’ai vécue de l’intérieur avec lui, ma perception a changé et je me suis dit : ‘Ça pourrait être cool’. »
Objectif réalisé dès 1999, à 20 ans dans une Porsche 911. Mieux encore, il croisera son père sur la piste de son enfance, en 2004, alors qu’ils sont tous deux engagés dans la catégorie reine des LMP1. Sébastien roule pour l’écurie du recordman de participations, Henri Pescarolo (33 départs), dans une Courage C60, tandis que Patrick est engagé avec Larbre Compétition, dans une voiture du constructeur américain Panoz.
Une histoire d’amour qui attend son ‘happy end’
Le fils n’est alors qu’au début d’une carrière qui va le mener à quatre titres consécutifs en Champ Car (équivalent de l’IndyCar), record qui tient encore dans les championnats de monoplaces américains, un passage mitigé en Formule 1 chez Toro Rosso (six points inscrits en 27 Grands Prix, en 2008 et 2009), neuf participations aux 500 miles d’Indianapolis… Mais le fil rouge de sa carrière reste les 24 Heures du Mans, dont il a pris le départ 18 fois.
Malgré une victoire de catégorie GTE Pro (troisième échelon) avec Ford en 2016, le favori du public sarthois n’a jamais triomphé dans la catégorie reine, anciennement LMP1 et désormais Hypercar. Il s’en est approché trois fois, terminant deuxième avec Peugeot en 2007, pour le retour du constructeur français, à nouveau en 2009 et encore en 2011, pour seulement treize secondes derrière l’Audi n°2, au terme de l’une des éditions les plus serrées de l’histoire.
Depuis, la perspective d’un triomphe s’était un peu éloignée, avec les dominations successives de Porsche (titré trois fois entre 2015 et 2017), Toyota (cinq fois entre 2018 et 2022) et Ferrari (trois fois depuis 2023). Mais en 2025, l’équipage de Sébastien Bourdais a détonné en signant la pole position. Si la voiture n’a finalement pas tenu la longueur en course, trop pénalisée par son aérodynamique, le Sarthois est, cette fois, beaucoup plus optimiste. « C’est la deuxième année pour l’équipe avec la Cadillac V-Series.R et nous devrions cette fois avoir les armes pour nous battre, estimait-il au Pesage. Nous avons clairement plus de vitesse de pointe et nous sommes un peu plus en ligne avec ce qui se fait chez les autres. »
Lors du Pesage des 24 Heures du Mans 2026
Ses homologues ne cachent pas leur admiration. « C’est un modèle, confie Romain Brandela, qui a pris trois fois le départ des 24 Heures. Il mériterait de gagner pour tout ce qu’il représente, ce qu’il a vécu ici. » Thomas Laurent, vainqueur dans la catégorie LMP2 en 2017 à seulement 19 ans, raconte même qu’il « a fait partie des pilotes qui [l’ont] orienté vers l’endurance ». « Sébastien, c’était un peu mon idole quand j’étais petit, se souvient le Vendéen. Mon tout premier casque, c’était à moitié une réplique du sien. Lors de ma deuxième participation aux 24 Heures, en 2018, je lui ai ramené ce casque et il me l’a signé. C’était vraiment un moment très sympathique, on avait parlé de tout et de rien, de sa carrière aux USA, en France… Il cherchait à enlever le chat noir de sa voiture pour l’évacuation. »
Le Manceau, lui, refuse de faire de la victoire au Mans une obsession, même s’il admettait n’avoir pas ‘fait son deuil’ de ses rêves de victoire après sa décevante septième place l’an passé. « Je me suis enlevé cette pression de ‘Il faut gagner Le Mans’, expliquait-il au micro de la chaîne L’Équipe après la course. Le Mans choisit son vainqueur, donc j’espère qu’un jour ce sera moi, mais j’ai 46 ans, je n’aurai pas 50 chances pour la gagner, donc il y a peut-être encore une ou deux opportunités, et voilà. » Si Le Mans veut un vainqueur de son cru, dix ans après le dernier sacre d’un Français (Romain Dumas en 2016 avec Porsche), il est encore temps de choisir Sébastien Bourdais.
Matéo Calabrese – France TV
