Immense succès populaire, le 8è KENNOL Grand Prix de France Historique s’est conclu en apothéose ce dimanche. Après Esteban Ocon et Isack Hadjar hier, c’est Pierre Gasly qui a assuré la présence des titulaires français en Formule 1 cette saison. Les 14 pilotes de F1 venus ce week-end ont tous joué à fond le jeu de la transmission de leur passion.
– Pierre Gasly dans la Renault RS10 de 1979
– Jean Alesi dans sa Ferrari victorieuse de 1995
– Le duo Häkkinen‑Coulthard reconstitué
Créé en 2017, le KENNOL Grand Prix de France Historique a connu une ascension fulgurante, s’imposant parmi les événements majeurs du sport automobile en Europe. Toute la magie de l’événement réside dans cette capacité à réunir plusieurs générations autour d’une même passion. « Rajeunir l’audience est l’un de nos objectifs, confie Laurent Vallery‑Masson, président d’HVM Racing, organisateur de l’événement. Chacun des visiteurs, quel que soit son âge, doit trouver une voiture qui l’a fait rêver. Et puis, nous essayons de trouver le bon équilibre entre démonstrations et compétitions. Les pilotes de renom viennent créer des moments « revival » au volant de F1 légendaires, tandis que les spécialistes des courses historiques poussent les voitures à leurs limites pour révéler au public le potentiel spectaculaire de ces machines d’exception. »
Le monde des courses « modernes » et celui des courses « historiques » sont en effet deux écosystèmes qui ne se croisent que très rarement. Le KENNOL Grand Prix de France Historique fait précisément le lien entre ces deux univers, donnant ainsi l’occasion au public d’approcher les pilotes actuels, leurs glorieux aînés, et de découvrir en détail une soixantaine de F1 illustrant l’évolution technique de la discipline.
À l’image des jeunes spectateurs venus en nombre ce week-end, les trois pilotes français engagés en Formule 1 cette saison se sont plongés avec intérêt dans l’histoire de leur sport. Hier, Esteban Ocon et Isack Hadjar avaient pris le temps de remonter la grille de départ du Fast & Famous. Aujourd’hui, Pierre Gasly a été encore plus loin en s’installant derrière le volant d’une voiture plus ancienne, dépourvue de vitesses au volant : la Renault RS10 de 1979. Un joyau national, la première Formule 1 turbocompressée victorieuse en F1, avec Jean‑Pierre Jabouille, lors du Grand Prix de France 1979 à Dijon‑Prenois.
Ce jour‑là, l’autre Renault, pilotée par René Arnoux s’était classée troisième à l’issue d’une bataille restée légendaire face à la Ferrari de Gilles Villeneuve. Le Canadien était dans toutes les têtes ce week‑end, avec la présence de son fils Jacques, champion du monde en 1997, qui s’est installé à deux reprises dans le baquet de la Ferrari 312 T5 que pilotait son père en 1980. Même frissons avec Mathias Lauda et Loïc Depailler, au volant des Ferrari 312 T et Tyrrell P34 de Niki et Patrick.
Mark Webber est remonté encore plus loin dans le temps en s’installant dans la Ferrari 555 Super Squalo de 1955. Voir l’Australien se saisir du grand volant en bois, autrefois manipulé par Nino Farina, premier champion du monde de l’histoire de la Formule 1, restera l’un des moments forts du week‑end.
Devant, Jean Alesi a assuré le spectacle au volant de la Ferrari 412 T2 avec laquelle il avait remporté sa seule victoire en Formule 1, lors du Grand Prix du Canada 1995. Faisant résonner le V12 – le dernier de l’histoire de la F1 –, l’Avignonnais s’est offert une belle passe d’armes avec l’un de ses adversaires de l’époque, David Coulthard, aligné, lui, sur une Red Bull RB7 de 2011.
En sortant de sa monoplace, l’Écossais n’a pas dissimulé son plaisir de retrouver son ancien équipier Mika Häkkinen, avec qui il avait décroché le titre mondial des constructeurs pour McLaren en 1998. Le Finlandais, fidèle à l’écurie de Woking, portait une combinaison papaye et pilotait la MP4/3 avec laquelle Alain Prost avait remporté trois courses en 1987.
Quant à la célébration des 50 ans de Ligier en Formule 1, elle avait fière allure, avec la présence de Jacques Laffite dans la JS11/15 de 1980 et de Philippe Alliot dans la JS33B de 1990.
Redoutée, la pluie n’aura finalement fait qu’une très brève apparition dans l’après‑midi, sans perturber le déroulement des courses. Au total, plus de 200 voitures se sont affrontées dans les sept plateaux couvrant les trois grandes disciplines des courses sur circuit : la monoplace, l’endurance et le tourisme.
Trois jours durant, la fête était partout : à l’extérieur de la piste, dans les tribunes et l’espace Clubs / Prestige, qui accueillait plus de 500 automobiles remarquables ; à l’intérieur, dans le paddock, où les 50 exposants et les 30 food trucks n’ont jamais désempli.
L’organisation remercie l’ensemble des pilotes, équipes, commissaires, partenaires, médias, bénévoles et spectateurs qui ont contribué à la réussite exceptionnelle de cette grande fête du sport automobile français. Rendez‑vous est d’ores et déjà pris en 2027 pour la 9e édition du KENNOL Grand Prix de France Historique.
ILS ONT DIT…
Pierre Gasly, en démonstration dans une Formule 1 Renault RS10 de 1979 : « En 2022, j’étais reparti du Grand Prix de France avec beaucoup d’émotions, car je savais que ce serait le dernier avant un long moment. Depuis, je n’ai pas eu l’occasion de venir ici. C’est incroyable de voir autant de fans et d’avoir cette proximité avec eux. C’est beau de voir l’engouement qu’il y a en France derrière la Formule 1 et l’intérêt pour toute son histoire. En tant que passionné, c’est juste incroyable de pouvoir approcher ces magnifiques machines. L’année dernière, j’avais déjà eu le privilège de rouler dans une F1 mythique des années 1980, la Toleman d’Ayrton Senna à Silverstone. Cette fois, j’ai piloté la Renault avec laquelle Jean‑Pierre Jabouille avait gagné le Grand Prix de France 1979. C’est très émouvant, car je suis très proche de Victor, son fils. Dans le cockpit, il y a le volant, trois pédales, un levier de vitesse… et c’est tout. Il n’y a pas de bouton à manipuler. C’est un pilotage plus pur. Ce n’est ni mieux ni moins bien, c’est juste différent. »
David Coulthard, en démonstration dans une Formule 1 Red Bull RB7 de 2011 : « Pendant ma carrière, j’adorais courir en France, à Magny‑Cours, qui était aussi un superbe circuit. Beaucoup de gens venaient en camping passer le week‑end en famille. C’est pareil ici. C’est toujours agréable de voir les jeunes fans apprendre à apprécier certaines voitures du passé. Tout à l’heure, j’ai signé une photo de moi sur le podium de Monaco en 2006, le premier de l’écurie Red Bull en Formule 1. Les gens s’en souviennent vingt ans après, c’est dingue ! Il y a une immense passion en France, car n’oublions pas que le sport automobile est né ici. Et puis, cet événement me permet de revoir de vieux amis comme Jean Alesi ou Mika Häkkinen, avec qui j’ai couru pendant sept saisons chez McLaren. Et même quand il a pris sa retraite fin 2001, j’ai continué avec un autre Finlandais, Kimi Räikkönen. Aujourd’hui, j’ai pris beaucoup de plaisir à piloter la RB7. Pour moi, cette voiture correspond à l’âge d’or des V8 dont les régimes dépassaient les 20 000 tr/min. Aujourd’hui, on limite le moteur à 18 000 tr/min, ce qui reste énorme. Le son est absolument magnifique. La puissance arrive de manière très progressive, ce qui rend la voiture très agréable à piloter. »
Jacques Laffite, en démonstration dans une Formule 1 Ligier JS11/15 de 1980 : « Je suis impressionné par le nombre de spectateurs présents aujourd’hui. Cela me rend heureux de voir que les Français s’intéressent toujours à l’automobile. J’ai beaucoup de souvenirs ici, en course ou en essais privés. Je n’avais plus piloté cette voiture depuis une dizaine d’années. En m’installant derrière le volant, je me suis immédiatement revu en 1980. Je retrouve les mêmes sensations qu’il y a quarante‑cinq ans. On n’oublie jamais les voitures avec lesquelles on a gagné. J’ai remporté le Grand Prix d’Allemagne avec celle‑ci. J’ai aussi une pensée pour mon ami Didier Pironi, qui était mon équipier cette année‑là. »
René Arnoux, en démonstration dans une Formule 1 Ferrari 126 C4 de 1984 : « Pendant trois jours, j’ai pris beaucoup de plaisir à discuter avec les fans, à signer des autographes et à sourire sur les photos. Tant que j’en aurai la possibilité, je participerai à cet événement. Je n’étais plus remonté dans cette Ferrari depuis 1984. En m’installant dedans, tout m’est revenu. Je me suis revu à Maranello, quand j’étais arrivé chez Ferrari en 1983. J’adore cette génération de F1. Les moteurs turbos ne s’arrêtent jamais de pousser, même en cinquième, contrairement aux atmosphériques qui montent très haut en régime, mais s’essoufflent un peu. Les puissances délirantes de ces moteurs en qualifications me convenaient bien. J’ai d’ailleurs réalisé dix‑huit pole positions dans ma carrière. J’avais préféré le V6 Renault au V6 Ferrari, qui est assez pointu et moins souple à bas régime. »
Mika Häkkinen, en démonstration dans une Formule 1 McLaren MP4/3 de 1987 : « Le Circuit Paul Ricard est un lieu historique de la F1, mais je n’ai jamais disputé de Grand Prix ici. En revanche, j’en ai vu beaucoup à la télévision, notamment avec cette McLaren que je pilote aujourd’hui. Moi, j’étais venu ici en 1988 pour une course de Formule Opel, que j’avais gagnée. C’est un circuit magnifique et l’organisation de cet événement est remarquable. »
Philippe Alliot, en démonstration dans une Formule 1 Ligier JS33B de 1990 : « Je vis un rêve éveillé. L’ambiance est formidable et je revois tous mes copains de l’époque. J’ai tendance à oublier mon passé, à ne pas regarder en arrière. Et c’est grâce à cet événement que la mémoire me revient. J’ai pris plaisir à piloter la Lola de 1987 hier et la Ligier de 1990 aujourd’hui. Je ne sais pas comment j’arrivais à passer dans Signes à 300 km/h. Aujourd’hui, c’est tout juste si je ne freine pas à l’approche de la courbe. »
