La catégorie LMP2 prouve de la meilleure manière une règle qui s’applique parfois au Mans : il ne suffit pas de dominer pour gagner — encore faut-il survivre aux 24 heures. Cette édition en livre la démonstration la plus féroce — une nuit de maîtrise absolue balayée en un clin d’œil, en plein jour. Et la tête de course qui revient à l’une des écuries les plus aguerries de la Sarthe.
Dès le premier relais, l’Oreca 07-Gibson #30 de Duqueine Team — Doriane Pin, Julien Andlauer, Richard Verschoor — donne le ton : au terme des quatre premières heures, l’équipage de la structure française mène avec une vingtaine de secondes d’avance et 63 tours au compteur. Derrière, la concurrence ne s’endort pas. Inter Europol Competition veille avec ses deux Oreca, la #343 et la #43, tandis que Forestier Racing et Vector Sport restent dans le sillage. Le rythme est élevé, le peloton compact : personne ne lâche.
Vient alors une neutralisation qui va sublimer la performance de Duqueine Team. Peu avant 0 h 30, à la suite de l’accrochage qui a éliminé une GT3 dans les S de la Forêt, la voiture de sécurité s’installe pour près de 45 minutes — sous régime neutralisé, un arrêt au stand coûte bien moins de temps qu’en course normale. La plupart des LMP2 s’y engouffrent. Pas la #30. Le calcul est froid et brillant. Julien Andlauer reste en piste quand les autres plongent aux stands. Il conserve son rang de leader pendant que ses rivaux ressortent derrière lui — et, dans le peloton resserré par la voiture de sécurité, plusieurs se retrouvent relégués à un tour complet. C’est là que le piège se referme : la règle qui permet normalement à une voiture retardée de reprendre son tour — en se glissant à nouveau dans le sillage du leader de catégorie lorsqu’il l’a rejoint — ne peut pas jouer pour eux dans cette configuration. D’un seul geste stratégique, Andlauer efface sept LMP2 du tour de tête. Une intelligence venue de la stratégie des ingénieurs qui ne remplace pas le talent des pilotes : elle le magnifie.
La #30 connaît bien sûr son frisson — Andlauer part un instant dans les graviers de Mulsanne, frayeur sans conséquence —, mais, à chaque relais, l’équipage rend la voiture intacte et l’avance se reconstruit. Au plus profond de la nuit, Duqueine Team ne quitte pas les avant-postes, comptant jusqu’à plus d’une minute d’avance. Le jour se lève, et la nuit a fait son tri ailleurs : Dane Cameron part dans le mur à Mulsanne au volant de l’Oreca #07 AO by TF ; la #14 du TDS Racing s’égare à Indianapolis ; l’Algarve Pro Racing #25 rejoint les graviers d’Arnage. À 8 heures, le constat est limpide : la #30 mène toujours, avec les deux Inter Europol pour rivales les plus tenaces. Trois voitures qui se rendent coup pour coup quand le reste de la catégorie a déjà payé son tribut au circuit.
Et puis Le Mans frappe, à l’heure du déjeuner, là où on l’attendait le moins. À 12 h 40, Richard Verschoor vient à peine de relayer Andlauer. Il relance la #30 en tête — quand ses freins l’abandonnent. La voiture s’immobilise dans un panache de fumée à la chicane Daytona. En un instant, le prototype qui avait dominé la quasi-totalité de la course est éliminé, toute l’équipe meurtrie. La performance d’une nuit entière restera, mais la victoire, elle, vient de changer de mains.
L’équipe Inter Europol Competition, déjà titrée à deux reprises en LMP2 aux 24 Heures du Mans (2023 et 2025), connaît mieux que personne le chemin de la ligne d’arrivée en Sarthe. La formation polonaise place désormais ses deux Oreca 07-Gibson aux deux premières places, la #343 devant la #43 : une explication de famille entre voitures sœurs, pour une troisième couronne, avec la #29 de Forestier Racing by Panis en arbitre. Le trio Louis Rousset (débutant), Esteban Masson (deux participations) Oliver Gray (une participation) impressionne.
Son doublé magistral le confirme, Inter Europol Competition règne bien sur la catégorie.
