Porsche, Lexus, Aston Martin, Corvette… pendant les deux tiers de la course, personne ne garde la tête plus de quelques relais. Chaque catégorie le prouve, mener n’est pas dominer. C’est attendre son tour de tout perdre.
La nuit n’est pas tombée que la couronne a déjà changé quatre fois de mains. Beaucoup d’équipes lancent la course avec leur pilote classé Bronze, mais la tentation de rapidement donner le volant à un Pro est forte. La Porsche 911 GT3 R Evo #91 Manthey ouvre le bal : James Cottingham passe vite le volant à Ayhancan Güven, qui s’empare du commandement et le tient jusqu’au terme de la troisième heure. Puis le manège s’emballe — la Lexus RC F #87 Akkodis ASP de José María López hérite de la tête après les arrêts, l’Aston Martin Vantage #27 Heart of Racing, partie de la pole (deuxième consécutive pour Mattia Drudi), s’y installe le temps d’un relais de Zacharie Robichon, avant que l’autre Lexus, la #78 d’Hadrien David, pointe en tête au quart de course avec près d’une minute d’avance. Des prétendants sérieux, et un spectacle qui ne retombe jamais.
À la faveur d’un accrochage entre la Ferrari 296 #54 Vista AF Corse et la Mustang #88 dans les S de la Forêt, une voiture de sécurité intervient pendant 45 minutes et vient resserrer tout le peloton. Les Lexus Akkodis ASP, qui avaient impressionné par leur vitesse, paient le prix de la neutralisation au mauvais moment de leur cycle d’arrêts : la #87 rétrograde, et un nouveau trio se dessine. L’Aston Martin #27 de Drudi mène, talonnée par la Corvette Z06 #33 TF Sport de Jonny Edgar pour 1,3 seconde. La surprenante Ferrari 296 #74 Kessel Racing de Dennis Marschall complète le podium provisoire. La course est relancée, plus indécise que jamais. Tout reste à jouer sur la seconde moitié.
La nuit du Mans est un examen ; toutes ne le passent pas. Les Mercedes-AMG d’Iron Lynx #61 et #79 s’arrêtent sur ennuis de suspension, la Corvette #13 de 13 Autosport rend les armes, tandis que d’autres se battent pour rester dans le coup — la Mercedes #62 de Giuliano Alesi repart après une frayeur à Indianapolis. Pour celles qui tiennent, chaque heure franchie est une promesse tenue : en LMGT3, la régularité est la première des vertus.
Et c’est précisément cette vertu qui finit par dessiner une hiérarchie. À mi-course, la Corvette #33 TF Sport — Ben Keating, Jonny Edgar, Nicky Catsburg — prend la tête et, relais après relais, transforme l’essai. Là où la catégorie changeait sans cesse de leader, l’équipage anglo-américain impose enfin une constance : rythme quand il le faut, gestion irréprochable, pas une faute. À la quinzième heure, son avance atteint 1’12 sur l’Aston Martin #27 de Ian James, devant la seconde anglaise, la #23 de Gray Newell. Une tête de course qui ne doit plus rien au hasard — seulement au métier.
Dans le même stand, TF Sport vit une autre belle histoire : celle de la Corvette #34. Partie dernière après une exclusion en qualifications, elle a réalisé l’une des plus belles remontées de la nuit, Charlie Eastwood signant des relais magnifiques jusqu’à se mêler à la lutte de tête. La rotation des pilotes, avec le retour au volant du Bronze Salih Yoluc, l’a ensuite ramenée dans le peloton — mais le panache de cette charge nocturne restera l’un des très grands moments de cette 94e édition des 24 Heures du Mans.
Jonny Edgar (Corvette Z06 LMGT3.R #33 TF Sport) est le héros du dimanche après-midi. Il tient le volant pendant les dernières 3 h 40 de course. Un exploit physique et mental à la hauteur de la performance de toute une équipe.
