Le Groupe C revient sur le circuit de Brands Hatch à l’occasion du London Historic Trophy, du 19 au 21 juin. Treize voitures, produites par cinq constructeurs différents, feront revivre le spectacle de l’un des chapitres les plus mémorables de l’histoire du circuit. Kenny Acheson reprendra le volant de la Sauber C9, un modèle identique à celui qu’il avait mené à la victoire des 1 000 km de Brands Hatch en 1989.
Dans les années 1980, le Groupe C a donné naissance à une génération de voitures unanimement appréciées pour leur beauté, et à des courses particulièrement disputées, notamment dans les dernières années. Le cadre réglementaire, basé sur une limitation de la consommation, avait été pensé pour encourager les ingénieurs à repousser les limites technologiques avec une grande liberté. Cette philosophie déboucha sur des prototypes aux formes et aux sonorités très différentes les uns des autres.
L’attrait visuel des voitures du Groupe C résidait dans la pureté de leurs lignes, dans la manière dont le pare-brise en bulle s’inscrivait parfaitement dans les proportions de la carrosserie. Leurs silhouettes massives offraient le support ‘publicitaire’ idéal à des livrées devenues mythiques.
Quarante ans plus tard, ces monstres continuent de nous fasciner. Ils incarnent le sport automobile à l’état brut, excessif et sans filtre. Les années 1980, tout simplement.
Le Groupe C occupe une place particulière dans l’histoire du circuit de Brands Hatch, où il s’est produit huit fois entre 1982 et 1989. Cet héritage exceptionnel sera célébré lors du London Historic Trophy, avec deux démonstrations de 13 voitures le samedi à 13 h 05 et le dimanche à 12 h 40. Pour les spectateurs, ce sera une occasion rare de s’immerger dans l’une des plus grandes ères de l’Endurance sur l’un des circuits les plus emblématiques de Grande‑Bretagne.
PORSCHE
La 956 et sa descendante directe, la 962, ont probablement remporté plus de courses internationales que toute autre voiture. Leur longévité est exceptionnelle, avec sept victoires au Mans s’étalant de 1982 à 1994, la dernière étant obtenue par la Dauer GT LM dérivée de la 962. Le concept a survécu au règlement pour lequel il avait été créé !
Quatre exemplaires seront présents au London Historic Trophy, dont le tout premier châssis « client ». Engagé par l’équipe Kremer, le châssis 956-101 a notamment été piloté par les champions du monde de Formule 1 Alan Jones, Mario Andretti et Keke Rosberg, et a terminé troisième au Mans en 1983.
Le châssis 007 faisait partie des deux seules nouvelles voitures officielles Rothmans allégées construites pour 1987, puis mises à jour en configuration Shell Dunlop pour Le Mans 1988. Il a depuis retrouvé sa livrée de 1987 ainsi que sa carrosserie ‘sprint’.
À l’inverse, le châssis C04 a effectué toute sa carrière sportive aux États-Unis. Le ‘C’ renvoie à Jim Chapman, le fabricant de ce rare châssis en aluminium à structure nid d’abeilles, fabriqué sous licence Porsche et apprécié pour sa rigidité.
Le châssis 962‑RLR 201 a lui aussi accueilli un futur champion du monde de Formule 1, Damon Hill y ayant disputé ses seules 24 Heures du Mans à son volant en 1989. La voiture arbore aujourd’hui la livrée rose de son sponsor japonais de 1990.
Les châssis présents au London Historic Trophy : 956 chassis 101 – 962 chassis 007 – 962 chassis C04 – 962 chassis 201 RLR.
JAGUAR
Pour un Britannique, une Jaguar aux couleurs Silk Cut est sans doute la première image qui vient à l’esprit lorsqu’on évoque le Groupe C. Pourtant, l’histoire du constructeur dans la catégorie a débuté sous une livrée verte et blanche. Car l’appellation XJR est apparue pour la première fois aux États‑Unis, sous l’impulsion de l’équipe Group 44 Racing. La XJR‑5 à moteur V12 de 1982 a remporté six victoires dans le championnat IMSA américain et, surtout, a incarné le retour de Jaguar au Mans pour la première fois depuis les années 1960. Le châssis n°11 n’a jamais été engagé en course, et reste dans un état remarquable.
Suite à cette initiative privée, le Tom Walkinshaw Racing (TWR) a été missionné par Jaguar pour ramener le constructeur en Championnat du monde (WSC) dès 1985. La XJR‑8, dans sa livrée violette emblématique, s’est révélée presque imbattable, avec huit victoires en dix courses et les titres pilotes et constructeur en 1987. Le châssis C‑387 a terminé cinquième aux 24 Heures du Mans et a remporté les 1 000 km de Spa avec Johnny Dumfries, Martin Brundle et Raoul Boesel.
L’évolution suivante, la XJR‑9, a permis à Jaguar de retrouver la plus haute marche du podium au Mans pour la première fois depuis 1957. Le châssis présenté au London Historic Trophy s’est imposé à Brands Hatch en 1988, l’une de ses cinq victoires en championnat du monde, et a participé à quatre éditions des 24 Heures du Mans. Transformé en XJR‑12 en 1990, il arbore aujourd’hui la livrée qu’il portait à La Sarthe en 1991, quand il a terminé deuxième derrière la Mazda 787B.
Les châssis présents au London Historic Trophy : XJR-5 chassis #11 – XJR-8 chassis J12-C-387 – XJR-12 chassis J12-C-990
SAUBER – MERCEDES
Si Porsche était invincible durant les premières années du Groupe C, Sauber et Mercedes ont fini par réussir l’impensable avec la C9. Animée par un puissant V8 biturbo de 5,0 litres développant jusqu’à 800 chevaux, la C9 avait atteint 400 km/h dans les Hunaudières lors des qualifications des 24 Heures du Mans 1989. La C9 s’est aussi imposée à Brands Hatch, grâce à Kenny Acheson et Mauro Baldi. Les Flèches d’Argent ont remporté huit des neuf courses du Championnat du monde en 1989, posant ainsi les bases techniques et sportives d’une héritière encore plus redoutable.
La C11, aboutissement ultime de la philosophie Groupe C, aurait sans doute engrangé bien davantage de victoires si la réglementation n’avait pas changé. L’impressionnante machine dessinée par Leo Ress a joué un rôle clé dans l’histoire moderne de Mercedes en compétition et, à bien des égards, a préparé le retour du constructeur en Formule 1. En 1990, la C11 a remporté toutes les courses sauf une et a largement décroché le titre constructeurs. Le châssis C11 00 a servi de laboratoire au développement de cette voiture.
Les châssis présents au London Historic Trophy : C9 chassis 89.C9.A1 – C11 chassis 89.C11.00
Kenny Acheson retrouve la Sauber-Mercedes C9
À l’occasion du London Historic Trophy, Kenny Acheson reprendra le volant d’une Sauber‑Mercedes C9, voiture avec laquelle il avait remporté la victoire à Brands Hatch et à Spa‑Francorchamps en 1989, et décroché la deuxième place aux 24 Heures du Mans. Le Nord‑Irlandais avait également livré la course de sa vie lors de la manche d’ouverture à Suzuka, disputant seul les 480 km au volant d’une voiture qu’il découvrait, et remontant de la 30e place sur la grille jusqu’en tête de course, avant de se conformer aux consignes de l’équipe pour terminer deuxième.
Kenny Acheson, dans Autosport en 2023 : « Je m’estime très chanceux d’avoir été choisi par Sauber pour piloter la voiture cette année‑là. À l’époque, je n’y croyais pas ! J’étais au Japon, je faisais du bon travail, mais personne ne me connaissait en Europe, alors décrocher ce volant et vivre une saison complète avec cette voiture, c’était vraiment formidable. Toute l’année a été géniale. L’équipe était incroyablement agréable, compétitive et très professionnelle dans tout ce qu’elle faisait. La voiture était un plaisir à piloter, la meilleure qu’il m’ait été donné de piloter. Les deux victoires ont bien sûr été de grands moments, et je peux dire aujourd’hui que j’ai gagné le championnat du monde d’endurance mais, honnêtement, ma deuxième place à Suzuka reste tout aussi mémorable. »
NISSAN
Nissan s’est engagé en Groupe C dès 1986, mais c’est en 1990, avec la R90CK, que le constructeur s’est réellement donné des chances de s’imposer au Mans. Cette année‑là, pas moins de sept voitures furent engagées. Outre l’avantage numérique, Nissan se dota d’un atout technique, avec l’introduction des freins carbone, une évolution rendue possible par l’ajout de deux chicanes sur la ligne droite des Hunaudières, permettant de maintenir les disques en température.
En qualifications, le V8 biturbo fut poussé à l’extrême. Selon la légende, un problème technique aurait maintenu les wastegates fermées, la puissance atteignant alors les 1 128 ch. Aux mains du pilote britannique Mark Blundell, la R90 est devenue la première voiture japonaise à décrocher la pole position au Mans, avec un temps de 3 min 27 s et une vitesse de pointe de 366 km/h, un record toujours inégalé sur la ligne droite avec chicanes. Le châssis 03 s’élançait depuis cette pole position au Mans, le fameux tour ayant été réalisé avec une voiture de réserve.
Nissan eut beaucoup plus de succès aux États‑Unis. Les voitures développées par Electramotive Engineering, basée en Californie, ont remporté quatre titres IMSA consécutifs entre 1988 et 1991, avec Geoff Brabham au volant. La NPT‑90 représente l’aboutissement ultime de ces machines. La puissance biturbo et l’appui généré par l’effet de sol en font l’une des voitures de course les plus rapides et les plus puissantes jamais construites.
Les châssis présents au London Historic Trophy : R90CK chassis #3 – NPT-90 chassis #4
SPICE
La catégorie C2 offrait aux amateurs et aux équipes plus modestes la possibilité de se battre pour leurs propres trophées. Spice, l’entreprise fondée par Ray Bellm et la star des voitures de tourisme Gordon Spice, s’est finalement imposée comme la référence de la catégorie, avec quatre victoires au Mans, quatre titres mondiaux, et des succès à Brands Hatch en 1988 et 1989. Cela dit, les Spice ne se limitaient pas toujours à la classe C2.
Les deux voitures engagées au London Historic Trophy ont été construites pour courir dans la catégorie reine GTP aux États‑Unis. Le châssis SE89P 003 est le seul à avoir été équipé du V8 Chevrolet développé par Pratt & Miller. Vendu neuf à Jim Miller Racing, il s’est classé trois fois deuxième en battant régulièrement des Porsche, Jaguar et Nissan. Le châssis SE90P 009 a été vendu neuf à John Hotchkis et arbore la superbe livrée violette de Wynn’s, spécialiste des produits automobiles. L’équipe était soutenue par GM, d’où l’appellation Pontiac pour le V8 small‑block de 6,0 litres.
Spice chassis at London Historic Trophy: SE89P chassis 003 – SE90P chassis 009
Palmarès du Groupe C à Brands Hatch
1982 Ickx / Bell (Porsche 956)
1983 Warwick / Fitzpatrick (Porsche 956)
1984 Palmer / Lammers (Porsche 956)
1985 Stuck / Bell (Porsche 962 C)
1986 Wollek / Baldi (Porsche 956 GTi)
1987 Boesel / Nielsen (Jaguar XJR-8)
1988 Brundle / Nielsen / Wallace (Jaguar XJR-9)
1989 Baldi / Acheson (Sauber-Mercedes C9/88)
